Piégés par amour

On a tous entendu parler de personnes victimes d’escrocs qui leur ont fait croire au grand amour pour prendre leur argent ou bénéficier de la citoyenneté canadienne. Comment reconnaître ces fraudeurs du cœur et, surtout, les éviter? 

Le 30 mars 2011, une habitante d’Alma a cru vivre le plus beau jour de sa vie. Ce jour-là, elle se mariait avec un Congolais qui l’avait demandée en mariage, se disant enflammé par l’amour. Une fois le mariage officialisé, l’homme confie à son épouse qu’il ne l’aime pas vraiment, qu’il la considère simplement comme une bonne amie. Mais il ne perd pas de temps pour autant avec les formalités administratives: il obtient la résidence permanente au Canada quelques mois plus tard.

Se sentant flouée, l’Almatoise demande l’annulation du mariage devant la Cour supérieure du Québec. Le tribunal lui donne raison, en stipulant que son «amoureux» était manifestement de mauvaise foi et que cela l’a empêchée de donner un consentement libre et éclairé. Dans cette affaire, les ex-conjoints n’avaient pas mis leurs biens en commun. Ils n’avaient pas eu de relations sexuelles ni fait vie commune. Le tribunal n’a pas précisé si la mariée avait parrainé son nouveau conjoint pour qu’il obtienne sa résidence permanente au Canada. Mais certains escrocs utilisent le mariage dans ce but, car ils savent que le parrainage d’un conjoint contribue grandement à motiver une demande de résidence.

De son côté, Kim Kevin Hunt a été ciblé pour son argent. Quelque temps après avoir rencontré en ligne Kathleen Anne Worrod, cet Ontarien entame une relation amoureuse avec elle. Mais la relation s’arrête rapidement. Six mois plus tard, Hunt est victime d’un grave accident de VTT. Il s’en tire avec 18 jours de coma et une blessure sérieuse à la tête, qui le rend plus vulnérable. Son ancienne copine réapparaît… et se marie avec lui en secret trois jours après sa sortie de l’hôpital, alors que les fils de l’accidenté le cherchent partout. Elle en profite pour mettre la main sur la fortune du quinquagénaire: une entreprise, une maison et une assurance d’un million de dollars relative à son accident. Des médecins certifieront plus tard qu’en raison des séquelles de son accident, la victime n’avait pas les capacités pour décider de se marier. Mais il faudra que la Cour supérieure de l’Ontario annule le mariage pour contrer le stratagème de la prédatrice.

Des victimes bien ciblées

Pour la citoyenneté ou pour l’argent, les mariages de prédation ciblent en particulier les personnes âgées. «Nous recevons de nombreuses plaintes concernant les escroqueries amoureuses», affirme Lisanne Roy Beauchamp, superviseure des opérations du centre d’appel du Centre anti-fraude du Canada (CAFC), cet organisme pancanadien géré par la Gendarmerie royale du Canada, le Bureau de la concurrence Canada et la Police provinciale de l’Ontario. Les escroqueries amoureuses figurent parmi celles qui rapportent le plus aux fraudeurs, au même titre que les faux placements financiers et les faux concours, indique le CAFC. Pour parvenir à leurs fins, les fraudeurs sont très bien organisés. Ils font par exemple croire à leur victime que c’est le hasard qui les a fait croiser leur chemin, en ligne ou en personne. Ils créent également de faux profils sur des sites de réseautage social et de rencontres en ligne, décrit Lisanne Roy Beauchamp.

Une fois le contact établi, tout est mis en place pour laisser penser à un amour sincère et véritable. Les fraudeurs s’en prennent fréquemment à des personnes isolées, qu’ils pourront plus facilement manipuler sans être rapidement démasqués. Les aînés sont donc particulièrement touchés, comme beaucoup ont peu de contacts sociaux, notamment parce qu’ils ont quitté la vie professionnelle. Et que leur patrimoine et leur pension sont très attrayants pour les fraudeurs. Outre le désir d’obtenir la citoyenneté canadienne, le but sera alors de soutirer de l’argent, d’accéder aux comptes bancaires ou de mettre la main sur les numéros de cartes de crédit, poursuit la superviseure.

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